Étude
Retable Saint-Jacques
église paroissiale Saint-Jacques
62, rue de la République
Palissy
L'église Saint-Jacques abrite un retable en stuc, staff, marbre et faux-marbre réalisé par Ingres père (3e quart du 18e siècle). Cet élément exceptionnel est l'une des rares commandes religieuses de l'artiste.
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I. HISTORIQUE
La chapelle Saint-Jacques semble avoir été fondée en 1369. Elle a probablement été ornée à plusieurs époques mais le décor actuel de la chapelle et surtout son retable semblent être dus à la générosité des Trésoriers de France. Cet imposant retable fut commandé à Jean-Marie Joseph Ingres mieux connu sous le nom d'Ingres père dans les années 1780, après que la cathédrale Notre-Dame fut inaugurée et que le chapitre ait transporté le mobilier depuis Saint-Jacques jusqu'à la cathédrale. Le chapitre cathédral ayant déménagé vers le nouvel édifice, il avait transporté la totalité du mobilier depuis Saint-Jacques jusqu'à la cathédrale. Ce retable appartient donc aux nouveaux embellissements de Saint-Jacques. Il semble qu'Ingres père ait conçu le décor général de la chapelle dans laquelle s'intégrait son retable. Ce décor composé de grands cadres rectangulaires dans les tons gris transparaît encore par endroit sous des repeints datés du 19e siècle (1893 environ) époque à laquelle le retable fait l'objet d'une restauration à la demande du chanoine de Limayrac (1). Une campagne de mise en électricité du retable a été mise en place au début du 20e siècle comme en témoignent quelques vestiges retrouvés lors de la campagne de mise en sécurité du retable (2).
Protégé au titre des monuments historiques, le retable présente en 2003 un état sanitaire inquiétant. L'humidité ambiante de l'église a entrainé la pulvérulence et la désagrégation progressive des stucs et causé des remontées de sels par capillarité sur les marbres présents dans le retable. Une mise en sécurité et de l'ensemble fut menée entre septembre 2003 et juin 2004 ; la restauration du retable est engagée à l'automne 2005.
iI. DESCRIPTION
Ce retable s'intègre parfaitement à la chapelle Saint-Jacques. Il occupe toute la surface du mur sud, mesure 7,96 m. de haut, 5,54 m. de large et 0,98m. de profondeur et se décompose en 3 registres.
A) le registre inférieur.
Le registre inférieur du retable comprend deux piédestaux et une table d'autel. Les piédestaux sont rectangulaires ; ils mesurent 60cm. de prodonfeur pour une hauteur de 1,25 m. et une largeur de 1,62 m. Constitués d'une maçonnerie de briques en terre cuite jointes avec un mortier de chaux, ces éléments sont enduits d'un plâtre fin sur lequel est mis en oeuvre un décor en faux marbre. La table d'autel, large de 2 m. adopte forme d'un autel tombeau. Elle se compose de plaques de 6 différents marbres et d'une marquetterie de marbres polychromes. Les différentes plaques de marbre sont assemblées sur champ avec un lit de chaux. Elles sont le résultat d'un assemblage d'éléments plus anciens comme en témoigne le monogramme IHS présent sur la face orientée vers la nef. Une épaisse plinthe de couleur sombre court à la base de l'ensemble. Elle est précédée d'un important emmarchement en bois composé de 2 degrés.
B) le registre médian.
Ce registre se compose des colonnes et de leurs chapiteaux. Deux colonnes de marbre reposent sur chaque piédestal. Chacune repose sur une brique posée horizontalement et voit sa base ornée d'une moulure arrondie à base de chaux et de sable fin. Le fût monolithique de chaque colonne haut de 2,30 m. est légèrement galbé. Il est taillé dans un marbre des Pyrénées de couleur rouge tachée de blanc. Un chapiteau d'ordre composite surmonte chaque colonne. Haut de 50 cm., chaque chapiteau est constitué d'un noyau en pierre calcaire sur lequel sont rajoutés l'astragale, les feuilles d'acanthe et les volutes réalisés en stuc doré (3). Les moulures en stuc qui composent l'encadrement ont été traitées à l'aide d'un gabarit. Entre chaque couple de colonnes figurent des trophées ecclésiastiques. Réalisés en stuc dorés à la feuille, ils sont composés de vêtements et d'objets du culte entremêlés. Ils ont été modelés à l'aide d'un mortier de chaux et de plâtre. De part et d'autre du registre médian se trouvent deux cadres en stuc sombre encadrés d'un cadre doré surmonté d'un entablement soutenu par 4 consoles et dominé par un pot à feu en faux marbre.
C) le registre supérieur.
Le registre se compose de trois éléments : l'entablement, la gloire et le fronton.
L'entablement s'appuie sur les chapiteaux composites. Large de 80 cm. environ, il est réalisé à l'aide de planches en bois de pin recouvertes de stuc gris et doré. La frise qui surmonte l'entablement est recouverte d'un stuc dont les couleurs (rouge veiné de gris) reprennent celles des colonnes soutenant l'entablement. Cet ensemble, maintenu dans le mur de la chapelle grâce à huit madriers en hêtre maintient le déport de la corniche. Cette dernière est faite de briques en terre cuite posées horizontalement et recouverte d'un stuc de couleur grise. Une série de consoles feuillagées dorées enrichit la base de la corniche sur laquelle sont posées 4 urnes de couleur sombre ornées de drapés dorés.
Une gloire céleste occupe l'axe médian du registre supérieur. Une série de rayons (mélange de plâtre et de chaux sont tirés autour d'une armature en bois de pin) divergent depuis la colombe en plâtre sculptée au centre de la composition vers l'extérieur. Ces rayons se fondent dans un halo de nuages desquels émergent 7 têtes de chérubins modelés avec un mélange de chaux de plâtre et de filasse. L'ensemble mesure près de 2,30 m. de hauteur et déborde sur une architecture classique composée de deux pilastres soutenant un fronton triangulaire.
Ce dernier élément haut de 88 cm. reprend le décor classique des éléments des autres registres. Les stucs gris sont rehaussés de moulures dorées et de consoles feuillagées identiques à celles qui soulignent la corniche. L'ensemble enchasse un blason orné de cuirs découpés timbré aux armes des Trésoriers de France commanditaires du retable.
III. analyse
Il apparaît que le retable a été conçu par Ingres père pour intégrer le tableau représentant saint Jacques appartenant à l'ensemble de 5 toiles offert par Monseigneur de Berthier au lendemain des guerres de Religion. La partie centrale du retable est parfaitement adaptée à la toile qui fut légèrement redécoupé au moment de son installation dans le retable.
La campagne de mise en sécurité du retable opérée en 2004 a permis un dépoussiérage complet de cet élément. Près de 400 kg de gravats furent retirés à cette occasion. De plus cette première campagne de restauration a permis de confirmer une série d'interventions antérieures, probablement celle mise en oeuvre en 1893 à la demande du chanoine de Limayrac. Des carnets de feuilles d'or vides ont été retrouvés ainsi que des poncifs ayant servi pour le dernier décor des murs de la chapelle.
Même si elles sont rares, les peintures et les dorures d'origine sont visibles par endroits. La plupart sont cependant recouvertes de surpeints correspondant à la restauration de 1893.
Ce retable témoigne de l'ingéniosité d'Ingres père car construit avec une économie de moyens assez impresionnante (briques, planches de bois, madrier, plâtre, filasse...) il reste en apprence un élément de mobilier richement orné de par les faux marbres, les stucs dorés qui donnent à ce retable toute sa valeur.
Roland CHABBERT
août 2005

(1). Bulletin de la Société Archéologique de Tarn-et-Garonne, 1895, p. 392.
(2). dossier de mise en sécurité du retable, septembre 2004, fig. n° 5.
(3). Une armature en fer forgé planté dans le noyau en pierre calcaire maintient les ornements en stuc.

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