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Étude

Statues (10)
Sculptures de la Villa Beausoleil
Hôtel du Département, 100 boulevard Hubert Gouzes

Musée Ingres, 19 rue de l'hôtel de Ville


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Jean-Marie Joseph Ingres a réalisé une série de sculptures pour orner les jardins d'une villa suburbaine montalbanaise dite de Beausoleil. Ces œuvres constituent un ensemble exceptionnel du décor de cette époque.

 

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INtroduction

En raison de l'unité de cet ensemble de 10 sculptures, nous avons décidé de proposer une étude collective des sculptures.

Ces figures sont réalisées vers le milieu des années 1780. A cette époque, Jean Marie Joseph Ingres, installé depuis une vingtaine d'années à Montauban est professeur de dessin dans diverses institutions de la ville. C'est là qu'il s'est peu à peu fait une clientèle et un nom parmi les notables de la cité qui lui commandent diverses réalisations. L'évêque lui-même, Monseigneur de Breteuil, lui commande la décoration des salons de l'évêché (actuel musée Ingres) et demande sa participation à la décoration de la villa Bretolio (près de Lacourt-Saint-Pierre, mais aujourd'hui disparue) Ces 10 figures sont les images d'un siècle charmant et frivole où la mode est aussi à l'aménagement des jardins tracés à la "française" et ornés de statues. Joseph ngres profite de cette opportunité pour s'exercer au travail de la terre cuite avec la participation de son ami Viguié, manufacturier en faïences, qui lui ouvre son atelier.

I. HISTORIQUE

Commandée à Jean-Marie-Joseph Ingres dit Ingres père dans le 3e quart du 18e siècle ces sculptures en terre-cuite ornaient jadis les jardins de la Villa Beausoleil à Montauban, propriété de la famille Belvèze. Cette famille fortunée du montalbanais commandita cet ensemble pour embellir la villa suburbaine qu'elle fit constuire et qu'elle occupait à cette époque. Protégé au titre des monuments historiques le 24 mai 1966, cet ensemble est classé au titre des objets mobiliers. Les œuvres furent portant dispersées et vendues aux enchères. La municipalité de Montauban et le Conseil Général de Tarn-et-Garonne s'en portèrent acquerreurs le 17 juin 1988 afin d'éviter la dispersion des sculptures. L'ensemble des oeuvres est désormais partagé par les deux collectivités. 6 sculptures : Flore, Pomone, Cérès, L'hiver et les molosses sont présentés dans les jardins du Conseil Général ; le berger et les bergères, après avoir pendant quelques années orné la cour du musée Ingres sont désormais présentés dans le salon Cambon, au rez-de chaussée du musée. Les oeuvres présentées au musée Ingres ont fait l'objet de restaurations en 2001.

iI. DESCRIPTION 

Les statues confectionnées par Joseph Ingres se divisent en trois groupes : les figures allégoriques, les figures pastorales et les molosses.

A) les figures allégoriques

Les premières conservées dans les jardins du Conseil Général représentent les quatre saisons. L'hiver est symbolisé par une beau vieillard, au corps légèrement voûté tandis que les autres saisons sont incarnées par de jeunes femmes dont les traits du visage sont presque identiques. Le détail des costumes et les attributs de chaque déesse permettent de les identifier. Flore qui incarne le printemps porte une robe très légère maintenue sur son épaule droite par une bretelle ornée de roses. Elle arbore une couronne de ces fleurs délicates et cueille des fleurs dans la corbeille située sur son flanc droit. Cérès qui personnifie l'été a retroussé ses jupes pour dénuder ses jambes. Elle e porte une couronne d'épis de blés et tient sous son bras gauche une abondante gerbe de blé. Pomone porte une tenue plus stricte. Sa poitrine n'est pas dénudée mais elle tient une corne d'abondance pour rappeller qu'elle personnifie l'automne.

B) les molosses

Installés au bas de l'escalier du château Montauriol, les deux molosses montent la garde. Ils sont représentés à demi couchés, la queue posée sur le dos mais sont appui sur leurs pates de devant. L'une est posée au sol, la seconde s'appuie sur un petit édicule. Jospeh Ingres les a voulu féroces mais leur oreilles dressées en pointe et leurs babines retroussées sur des machoires puissantes armées de dents innombrables  ne suffisent pas à masquer leur air dédonnaire.

C) les figures de bergers et bergères

les oeuvres acquises par la munipalité et intégrées dans les collections du musée sont des figures pastorales.

Le jeune garçon berger est élégamment vêtu. Il porte un chapeau bien rigide sur sa chevelure ornée d'un catogan. Il porte un veston aux bordures brodées sous lequel se devine une fine chemise et un gilet. Sa taille est maintenue par une ceinture en tissus qui retombe sur ses culottes courtes en soie. Il se tient debout sur le socle cylindrique, se tourne vers la gauche, la main droite relevée sur sa poitrine tenant un bouquet de fleurs. Une bergère porte aussi un petit chapeau rond retenu sous son menton par une ficelle de tissus délicatement nouée. Ses vêtements sont élégants et le bustier qu'elle porte cintré à la taille déborde sur ses hanches cachant ainsi la partie supérieure de sa jupe. Cette figure pourrait être confondue avec celle d'une élégante si un mouton n'était pas couché à ses pieds. La seconde bergère est tête nue mais ses cheveux sont attachés.Comme sa voisine, elle porte également une jupe courte dont elle relève un pan, dévoilant ainsi son jupon. Le corset délicatement lacé rappelle les costumes des élégantes et les broderies du veston du garçon berger. Seule la femme couronnée de lauriers qui complète la collection est stylistiquement plus proche du traitement des figures allégoriques conservées dans le jardin du Conseil Général. Elle porte une robe longue et fine, dévoilant ses jambes dénudées.



III. INTERPRéTATION

Les oeuvres conservées par le Département sont exposées en extérieur, Elles sont recouvertes d'une patine verte résultant de la présence de lichens et de mousses. Cette patine favorise la sensiblité de la terre cuite aux cycles de gel et de dégels. Les radicelles fragilisent la cohésion du matériau mais les oeuvres demeurent dans un état de conservation satisfaisant. 

Les oeuvres conservées au musée Ingres ont fait l'objet d'une sauvegarde et d'une restauration préalable à leur installation dans le salon Cambon en 2001. Elles ont été minutieusement démontées et vidées de leur ciment de remplissage. La base des sculptures a été renforcée avec des armatures en acier inoxydable ou en fibre de verre renforcée à l'époxy. Les fractures ont été rebouchées et consolidées avec un mélange de chaux aérienne. La surface des sculptures a été nettoyée afin d'éliminer tous les agents de dégradation.

La figure de la jeune fille à la corbeille de fleurs fut heurtée et fracassée par un camion et le choc a particulièrement détruit la tête l'oeuvre ayant été considérablement fragilisée. C'est l'oeuvre qui a subi la plus importante restauration.

Il apparaît sur chaque oeuvre conservée au musée des traces d'interventions anciennes comme les traces d'un badigeon blanc antérieur aux restaurations et aux installations des oeuvres dans leurs lieux respectifs. Ce badigeon révèle sans doute une préparation spécifique des oeuvres par Joseph Ingres en vue de leur installation dans les jardins de la villa Beausoleil.

 

Roland CHABBERT

décembre 2005


 
 
 

     
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