Étude
Sculpture
Météore
Espace Mendès-France, rue de la Mandoune
Palissy
Cette sculpture, réalisée par Jean Suzanne (né en 1938) en 1988 et située rue de la Mandoune, exprime le désir de voler, l'appel du mouvement, une insoupçonnable légèreté. Jean Suzanne construit une archéologie du futur, les témoins de notre civilisation.
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I. DESCRIPTION
Cette sculpture s’apparente à une sorte d’engin spatial ou de morceau de roche qui se serait décroché d’une lointaine planète, et qui serait venu se poser sur un socle en brique. Cette œuvre peut également faire penser à une fusée ou encore à un voilier. Elle se compose de plusieurs morceaux d’acier, soudés, allant de larges plaques à de plus petites pièces. Celles-ci sont placées de façon à trancher les surfaces les plus grandes, pour figurer la fracture. Comme des morceaux de verre brisés, l’allure de cette sculpture est assez violente de par son aspect tranchant. Un aspect plus magique entre tout de même en compte puisque le brillant de l’acier permet un jeu avec la lumière. Paul Duchein souligne : « cette étonnante construction déploie sa voilure arrimée sur plusieurs mâts obliques, évoquant à la fois un majestueux voilier et une rampe de lancement offrant ses surfaces concaves à la lumière. Cette grande masse lancée dans l’espace, à la fois légère et dense va jouer sous le soleil comme un piège à la lumière, sorte de monumental miroir brisé changeant d’aspect au cous des heures, reflétant la brique ou les nuages. »1.
II. analyse
Cette sculpture évoque l’histoire d’Icare, personnage mythologique disparu à cause de sa trop grande soif de voler. « Les Météores […] disent le désir de voler, l’appel du mouvement, une insoupçonnable légèreté. ». Il est juste de souligner l’aspect léger et mouvant de cette sculpture malgré la lourdeur de l’acier. « Les Météores évoquent le désir d’envol, vibrant dans des ailes démultipliées ayant déjà tracé au ciel des trajectoires rectilignes, ces flèches jaillies du cœur des sculptures, élancées à l’assaut des hauteurs, scintillantes de lumière plus pure, arrachées d’un élan soudain… »2. Pour Louis Bobo, cette œuvre renvoie à une « lutte du dedans et du dehors »4. L’artiste quant à lui, explique sa sculpture comme un « démarrage raté », l’ «arrêt sur image d’une catastrophe »5. Jean Suzanne a fréquemment traité ces sortes de démarrages ratés, même lorsqu’il traite du thème d’Icare dont il a fait une trentaine de représentations et qui rase le sol un peu plus à chaque fois. Par les matières qu’il utilise, les outils dont il se sert pour réaliser ses œuvres, Jean Suzanne est un sculpteur représentatif de la modernité. « C’est par la pérennité de sa force émotionnelle » qu’il « trouve résonance dans l’art de notre temps »6. Paul Duchein donne une bonne définition de l’art de Jean Suzanne et de l’art contemporain en général : « Une nouvelle beauté naît des technologies modernes, une nouvelle conception du beau s’impose peu à peu qui n’est plus celle de la Renaissance ou du Romantisme. L’arc à argon, la torche plasma, l’ébarbeuse sont devenues les auxiliaires précieux du sculpteur. »7. Pierre Mathieu écrit quant à lui dans la Dépêche du Midi : « Météore est un superbe représentant de la sculpture moderne. »8.
Emilie CONSOLLE, Roland CHABBERT
juillet 2003

(1). Paul DUCHEIN, Brigitte QUILHOT, Jean Suzanne, sculptures de 1980 à 1990, plaquette éditée par la ville de Montauban, 1988, non paginé.
(2). Idem, ibidem.
(3). Louis BOBO, plaquette éditée par le musée Ingres.
(4). Propos tenus par l'artiste
(6). Yves MICHAUD, Archéologie future, 1997.
(7). Paul DUCHEIN, Brigitte QUILHOT, Jean Suzanne, sculptures de 1980 à 1990, plaquette éditée par la ville de Montauban, 1988, non paginé.
(8). La dépêche du Midi, 14 février 1990. |