Étude
tableau
Sainte-Germaine de Pibrac
église paroissiale Saint-Etienne de Sapiac
place du 22 septembre
Palissy
Peint par Ingres et deux de des élèves, ce tableau daté de 1856 a été offert à l'église de Sapiac. Il s'agit d'un ex-vote à sainte Germaine Cousin, deux ans après sa béatification en remerciement de la guérison d'un neveu de madame Ingres
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I. sainte germaine
Fille d'un modeste laboureur, Laurent, époux de Marie Laroche, Germaine naît à Pibrac, petit village près de Toulouse, en 1579.
Atteinte de scrofules (adénopathie tuberculeuse), elle a aussi une main atrophiée. Sa mère meurt alors qu'elle était encore très jeune, et dès lors, elle subira les humiliations de sa belle-mère, acariâtre, et sera reléguée dans un appentis, loin de la vie familiale.
Elle persuada son père de l'envoyer garder les troupeaux, où là, dans la nature, elle pouvait réciter son chapelet et trouver le réconfort dans la prière. Tous les jours elle allait à la Messe. Elle plantait sa quenouille en terre et la quenouille gardait les moutons ; jamais une brebis ne s'égara, et jamais non plus les loups, pourtant nombreux dans la région à cette époque, n'attaquèrent le troupeau.
Elle donnait le peu de pain qu'elle avait aux pauvres. Un jour de 1601, son père la trouva morte dans le réduit où on l'obligeait à dormir. Elle avait 22 ans. Elle fut enterrée dans l'église de Pibrac et peu à peu tout le monde oublia l'existence de cette sépulture.
Plusieurs miracles lui sont attribués :
- Pour aller à l’église, elle devait passer un gros ruisseau. Un jour que le ruisseau était en crue, des paysans qui la voyaient venir se demandaient, d’un ton railleur comment elle ferait pour passer. Les eaux s’ouvrirent devant elle et elle traversa sans même mouiller sa robe.
- Un jour, sa marâtre l'accusa de voler du pain. Elle la poursuivit afin de la frapper et de la confondre, malgré l'insistances de voisins qui voulaient la retenir. Quand celle-ci rattrapa Germaine et lui fit ouvrir son tablier, à la place du pain qu'elle pensait y trouver s'étalait une brassée de roses. Son père fut alors ébranlé, il interdit à sa femme de frapper Germaine et lui demanda de réintégrer la maison ailleurs que dans le grabat qu'elle occupait. Elle refusa.
- La nuit de sa mort, on raconte que deux religieux en route pour Pibrac à la nuit tombée, virent passer en direction de la maison de Laurent Cousin deux jeunes filles vêtues de blanc. Le lendemain matin, alors qu'ils reprenaient leur route, ils virent ressortir trois jeunes filles, dont l'une, encadrée par les deux autres, était couronnée de fleurs.
- En 1644, alors que le sacristain se préparait à organiser des funérailles en creusant une fosse, il tomba sur un corps enseveli dont la fraîcheur le stupéfia. Même les fleurs que la morte tenait étaient à peine fanées. A la difformité de sa main, aux cicatrices des ganglions de son cou, on reconnut Germaine Cousin. Toutefois, son corps fut déposé dans un cercueil de plomb, offert par une paroissienne guérie par l'intercession de la sainte, et déposé dans la sacristie où il demeura, à nouveau oublié, encore 16 ans,
- Le 22 septembre 1661, le vicaire général de l’archevêque de Toulouse, Jean Dufour, vint à Pibrac. Il s'étonna de voir ce cercueil resté dans la sacristie, le fit ouvrir, et découvrit que la sainte présentait toujours le même état de fraîcheur. Il fit creuser tout autour de là où le corps avait été trouvé, et tous les morts enterrés au même endroit n'étaient plus que des squelettes. Ebranlé par ce miracle, le vicaire général demanda la canonisation de Germaine en 1700.
Sainte Germaine fut béatifiée par Pie IX, le 7 mai 1854. Elle fut canonisée en 1867.
Ii. Description
Ingres n'est pas le seul auteur de cette toile. Il a collaboré avec deux de ses élèves Michel Dumas de Lyon (1826-1855) et le montalbanais Armand Cambon (1818-1885). C'est ce dernier qui a sans doute peint le paysage à l'arrière du tableau et qui a oeuvré à la mise en place de la toile dans l'église.
Sainte Germaine apparaît sous les traits d'une jeune fille, vêtue simplement avec une tunique pourpre, une jupe bleue, un tablier blanc simplement attaché à sa taille par une ficelle et un foulard blanc. La sainte semble s'élever légèrement au dessus du sol. Une nuée lumineuse l'accompagne. Sa quenouille et son baton de bergère sont tombés à terre à ses pieds. Derrière elle, un troupeau de moutons broute tranquillement tandis qu'au loin un paysage montre une église et un calvaire.
Le visage de la sainte dont le foulard vient souligner l'ovale parfait est probablement de la main d'Ingres. L'artiste est également l'auteur de la main droite de la sainte déformée par la maladie. On reconnaît toute l'influence que Raphaël a pu exercer sur l'oeuvre, en particulier sa Sainte-Cécile (1) Dans les deux toiles, la sainte a la même attitude (corps vertical, yeux levés vers le ciel) et jonchant le sol, la quenouille, le fuseau et le baton de sainte Germaine rappellent les instruments de musique brisés au pied de sainte Cécile.
L'oeuvre une fois achevée, Armand Cambon se chargea de l'installation de la toile dans la chapelle qu'elle occupe aujourd'hui. Ce dernier a réalisé une série de croquis et son projet conçu dans l'esprit baroque du 17e siècle, proposait d'installer le tableau entre deux colonnes torses ornées de pampres dont les chapiteaux ioniques portent l'entablement. Si la toile est bel et bien installée derrière un autel secondaire et entre deux colonnes torses, l'esprit du retable imaginé par Cambon n'a plus rien à voir avec l'écrin actuel du tableau.
Roland CHABBERT
novembre 2007

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