Jean-Marie-Joseph Ingres (1755- 1814)
dit Ingres père

Palissy
Jean-Marie Joseph Ingres était originaire de Toulouse. Il est le fils d'un maître tailleur de la ville, Pierre Guillaume Ingres (1) ; issu d'une famille nombreuse (cadet de neuf enfants) aisée sans être fortunée mais dépourvue de culture et d'education.
Le jeune homme est remarqué dès son enfance pour ses dons artistiques et rentre à l'Académie royale des arts de Toulouse à l'âge de 11 ans. Il y reçoit une solide formation artistique à la fois écclectique et poussée de la part de ses professeurs : le peintre Jean-Pierre Rivalz (1718-1785) ; le sculpteur François Lucas (1718-1813), le miniaturiste Guillaume Bouton, l'architecte Labat de Savignac.
Jean-Marie-Joseph Ingres reçoit une médaille et une récompense de 15 livres à l'issue d'un concours de l'estampe en 1770 (2). Il part ensuite voyager dans le sud de la France rencontrant sans doute à Marseille ou à Nice quelques-un de ses futurs protecteurs comma la famille Quinterie originaire de Tarn-et-Garonne.
L'artiste s'installe définitivement à Montauban vers 1775, ville natale de sa mère qui compte alors près de 25.000 habitants et qui est une cité prospère grâce au commerce du drap et à la minoterie. Elle constitue donc un lieu privilégié pour un jeune artiste avide de satisfaire les clients les plus divers ; industriels ou commerçants parfois cultivés et toujours fortunés.
C'est par l'intermédiaire d'un de ses fournisseurs, le maître plâtrier François Moulet qu'Ingres père fit la connaissance d'Anne-Marie Moulet (1758-1817), la nièce de ce dernier et fille d'un maître perruquier.
Les deux jeunes gens se marient le 12 août 1777 et résident dans un modeste logement au premier étage du maison située au 50, faubourg du Moustier. Il s'agit de la maison Déjean donnant sur la ruelle de Mourancy. Leur contrat de mariage les dote d'une petite somme d'argent qui leur permet de débuter dans la vie. A partir de cette période, Joseph Ingres fait vivre sa famille avec les revenus, irréguliers mais parfois importants des commandes qui'l reçoit en tant qu'artiste. Avant 1789, il se présente tout à tour à ses clients comme sculpteur, sculpteur en plâtre, sculpteur et plâtrier, insistant par la suite sur ses qualités de peintre, peintre en miniature, professeur de dessin. Après 1800, il fera paraître dans le Journal de Tarn-et-Garonne un entrefilet publicitaire vantant ses qualités de décorateur religieux et proposant ses services à des clients potentiels.
L'oeuvre de Joseph Ingres est difficile à reconstituer avec certitude. Certains décors, certains dessins et même certaines sculptures lui ayant été attribuées avec générosité en raison de sa notoriété locale. Les documents de première main concernant les commandes qu'il recevait sont peu nombreux et nous pouvons citer que quelques éléments factuels éclairant sa carrière, comme les noms des plâtriers avec lesquels il travaille : Delport et Mathaly en 1781 (3), Camboulives en 1786 (4) ou bien le souvenrir d'un contentieux avec son client Dubois de Lavelle particulièrement mécontent de son travail de décorateur (5). Les créations d'Ingres père sont nombreuses, dispersées dans tous les quartiers de Montauban ainsi que dans quelques riches maisons de la campagne environnante sans parler des décors éphémères conçus pour des fêtes locales diverses.
Le musée Ingres présente encore en place ses décors pour le salon de réception et pour une chambre à coucher commandés à Ingres père par l'évêque Anne-François-Victor Le Tonnelier de Breteuil. Le prélat fut d'ailleurs l'un de ses principaux commanditaires et protecteurs jusqu'en 1789. Il proposa à l'artiste qu'il avait pris en amitié de décorer sa demeure privée, la villa de Bretolio, aujourd'hui détruite, tout en sollicitant fréquemment ses talents de musicien (ainsi que ceux de son fils) our animer les soirées qu'il donnait dans son évêché. Ce soutien d'importance lui permet de recevoir la commande de la décoration d'une chapelle de la cathédrale Notre-Dame de même que des décors pour d'autres églises comme celle de Falguières ou bien pour la paroisse Saint-Jacques, lieu de son mariage et du baptème de ses enfants pour laquelle il exécuta le retable de la chapelle dédiée à Saint-Jacques.
Les commandes privées passées à l'artiste sont nombreuses, certaines prestigieuses. Il dispose d'un réseau mondain savamment constitué probablement entretenu par le charme de sa personnalité, son opportunisme politique ainsi que ses dons de musicien et d'animateurs de fêtes (6). Plusieurs hôtels particuliers témoignent encore aujourd'hui de ses dons d'architecte, de décorateur, d'ornemaniste : l'hôtel de Maleville, pour lequel il a conçu le décore du grand salon ; la maison de Pulligneu, l'hôtel du baron de Mortarieu et surtout l'hôtel Mila de Cabarieu pour lequel il exécute en 1789 un décor en stuc fort enlevé (7), à partir d'un programme combinant les arts et la science (La Musique, les Beaux-arts, Les Sciences), les activités maritimes et agrestes (La Marine, La Pêche, Le Jardinage, les Vendanges, La Chasse et la Guerre). Marqué par le goût rocaille et par l'esthétique des premières années du règne de Louis XVI, Joseph Ingres était un sculpteur doué comme le prouve le groupe des dix statues commandées par M. Belvèze pour sa maison de Beausoleil.
Enthousiaste et avide à maîtriser toutes les techniques à plus forte raison si elles s'avéraient lucratives, Joseph Ingres exécute de nombreuses miniatures, surtout après 1800. Le genre du portrait lui ayant été toujours familier, même s'il y prouvait souvent une certaine maladresse quelques exemples conservés au musée Ingres (8) témoignent d'uen belle technique et d'une vraie fraîcheur d'exécution.
Ingres père privilégie à partir de 1805 son métier de peintre. Il peint en 1809 une grande crucifixion dont les ambitions ne résistent pas à l'oeuvre du fils. Pourtant on ne doit pas oublier ses réussites dans le domaine de la sculpture et de la décoration architecturale. Son oeuvre apparaît opportuniste, irrégulière, tournée vers l'art de Louis XV et de Louis XVI davantage que vers les esthétiques modernes.
Joseph Ingres enseigne dans diverses écoles de la ville, au pensionnat des Dames-Noires, au collège de Montauban (9). On note chez lui d'indéniables qualités de pédagogue. Il ouvre un peu avant la Révolution une école de dessin privée où il encourageait les élèves à travailler davant le modèle vivant. On peut penser que ses talents didactiques jouèrent un rôle aussi important que ses travaux d'artiste en faveur de sa nomination comme "membre élu par scrutin" comme dessinateur de l'Académie royale de peinture de toulouse (10).
Joseph Ingres fréquente les salons intellectuels de Montauban : la Société du bal de la Concorde, le Salon de la dame du tort ou la Salle du sieur Lejeune. Il adhère à la Société littéraire de Montauban de 1795 à 1808. Il est également franc-maçon puisqu'il devient membre de la loge de la Parfaite Union dès 1789 loge constituée de marchands, de bourgeois à majorité protestants et surout partisans des idées révolutionnaires (11). Il est probable que plusieurs commanditaires comme Lefranc de Pompignan, Charles de Pullignieux, Mila de Cabarieu étaient franc-maçons.
En dépit de son activité constante et de son dynamisme personnel, les dernières années de Joseph Ingres furent tristes, partagées entre les difficultés financières, des crises de goutte sans cesse plus douloureuses et handicapantes et surtout la rupture définitive avec son épouse. Il quitte le domicile conjugal dès 1791 pour accompagner son fil à Toulouse alors que ce dernier entrait à l'Académie royale des beaux-arts. En 1794, Ingres père ne semble plus habiter avec sa femme lors de ses séjours montalbanais, sa nouvelle adresse est alors rue des Soubirous ou du Collège. En 1803, la rupture est définitive si l'on en croit une lettre de Madame Ingres au procureur Lafon (12). Après le départ pour Paris de son fils qui s'installe ensuite à Rome pour poursuivre sa carrière, Ingres père se trouva fort isolé à Montauban dans son appartement.
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